Kangiqsualujjuaq : la fierté au-delà de la peur

Pride beyond fear

Avec deux éclosions de tuberculose en autant d’années, Kangiqsualujjuaq a appris, non sans peine, à gérer une maladie qui a fait beaucoup de victimes dans la communauté. Cependant, l’information et les connaissances acquises lors de ces moments difficiles ont façonné les attitudes et pratiques qui serviront d’inspiration pour toutes les communautés du Nunavik dans la lutte contre la maladie

La première éclosion a duré de novembre 2011 jusqu’à la fin de 2012 avec 69 cas de TB dépistés dans la communauté d’environ 900 habitants. Cet événement hors de l’ordinaire a été suivi d’une deuxième éclosion, avec 21 cas, en 2014. Malheureusement, l’an dernier un résident est mort de la tuberculose, le premier décès attribuable à la TB au Nunavik depuis plusieurs années.

La communauté a dû faire face à plusieurs problèmes dans la lutte contre la TB, dont, non moindrement, la stigmatisation sociale associée à la maladie.

« Quand venait le temps de partir, les gens ne voulaient pas nous serrer la main. Ils ne connaissaient pas les faits. Ils croyaient que la tuberculose se transmet comme ça. Les gens avaient peur de nous », se rappelle Nancy Etok, directrice d’école adjointe.

Mais la communauté a refusé de ne rien faire face aux énormes défis devant elle.

« À Kangiqsualujjuaq, il y avait plusieurs cas de tuberculose, mais nous avons décidé d’y résister… La seule façon de régler les choses c’est de travailler en concert », dit Hilda Snowball, mairesse de Kangiqsualujjuaq. « Lors de l’éclosion, nous avons travaillé avec le CLSC, le conseil municipal et les organismes communautaires. Voilà comment nous avons résisté ».

Les craintes et les mythes associés à la TB étaient principalement à la base de la stigmatisation dans la communauté. Cela a eu un impact majeur sur la capacité de détecter et de contrôler la maladie. Ainsi, certains évitaient les efforts de dépistage et de traitement et d’autres ne voulaient pas être vus se rendant à la clinique pour prendre leur médicament tel que prescrit.

Dans les écoles, les jeunes ont appris les symptômes de la TB ainsi que ses méthodes de transmission dans la communauté. Les leaders communautaires ont parlé à la radio afin d’expliquer la maladie. Toute la population a appris les vrais faits concernant la TB, ce qui a aidé à chasser les mythes concernant la tuberculose. La campagne d’information a eu un impact immédiat sur la population.

Les gens ont commencé à avoir moins honte et à aider les personnes atteintes de la TB à se faire traiter. Nous avons noté un taux plus élevé de conformité au traitement. Les personnes qui étaient réticentes à prendre la TB au sérieux ont commencé à changer leur attitude. Les membres respectés de la communauté ont parlé et la population les a écoutés. Avec la présence assidue d’infirmières affectées à la lutte contre la TB ainsi que d’interprètes et de personnel médical qui ont motivé, encouragé et soutenu les patients, la communauté est allée au-delà de ses peurs, ce qui a facilité le dépistage et le traitement de la maladie.

« Les connaissances sont précieuses mais la pratique est la clef », dit Mme Snowball. Aujourd’hui les résidents de Kangiqsualujjuaq savent comment mener la lutte contre la TB et sont maintenant capables de partager leurs connaissances et d’aider les autres dans la lutte pour mettre fin à la TB au Nunavik.

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